Penske contre Google : le juge Mehta aurait trouvé la situation « vraiment injuste »
Le 25 août 2026, Google a plaidé le rejet de la plainte antitrust de Penske Media devant le juge Amit Mehta. Selon Jason Kint (Digital Content Next), présent à l'audience, le magistrat a trouvé la situation des éditeurs « vraiment injuste ». Aucune décision n'a été rendue.
L’essentiel
- Le 25 août 2026, le juge Amit Mehta a entendu Google, qui demande le rejet de la plainte antitrust de Penske Media.
- Selon Jason Kint, PDG de Digital Content Next, le juge a estimé que la situation « semble vraiment injuste » (traduction).
- Il aurait ajouté que les améliorations de produit n’échappent pas au droit de la concurrence.
- Aucune décision n’a été rendue sur la demande de rejet.
Une audience connue par un témoin, pas par un jugement
L’audience portait sur la motion to dismiss (demande de rejet) déposée par Google contre la plainte de Penske Media Corporation, devant le tribunal fédéral du district de Columbia, à Washington. Ce que l’on en sait vient d’un fil de cinq messages publié sur X par Jason Kint le soir même, à son retour du tribunal. Il dirige Digital Content Next, une association professionnelle d’éditeurs numériques américains.
Aucune transcription officielle n’était disponible à la publication de cet article. Les propos prêtés au juge viennent donc d’un compte rendu de seconde main, rédigé par le représentant d’un camp. Digital Content Next défend les éditeurs, et Jason Kint ne cache pas, dans son fil, son agacement face aux arguments de Google.
Le juge Mehta : une amélioration bâtie « sur le dos des éditeurs »
D’après ce récit, les avocats de Google ont présenté à plusieurs reprises les AI Overviews comme une « amélioration du produit » (traduction). Ils ont aussi réduit le marché tacite qui structure le web depuis vingt ans, l’exploration des pages contre du trafic renvoyé, à une « vague historical course of dealing ». L’expression juridique peut se rendre par « relation d’affaires historique aux contours flous » (traduction).
Le juge aurait répliqué que tout cela « semble vraiment injuste » (traduction). Il a relevé que les éditeurs ne maîtrisent pas l’usage que Google fait de leurs contenus, et décrit cette amélioration comme construite « sur le dos des éditeurs » (traduction). Il aurait surtout rappelé que les améliorations de produit « ne sont pas à l’abri » d’un examen antitrust (traduction). Dernier point noté par Jason Kint : selon le juge, un marché des contenus destinés à l’IA générative est clairement en train de se former.
Ces remarques ne disent rien de l’issue. Un juge peut bousculer une partie à l’audience et lui donner raison quelques semaines plus tard. Pour rappel, Amit Mehta est le magistrat qui a conclu en août 2024, dans l’affaire United States v. Google, que Google détenait un monopole illégal dans la recherche.
La plainte de Penske : les AI Overviews et le prix des contenus
Penske Media Corporation, éditeur de Rolling Stone, Variety, Billboard et The Hollywood Reporter, poursuit Google depuis septembre 2025. Le groupe soutient que Google se sert de sa position dominante dans la recherche pour obliger les éditeurs à fournir gratuitement leurs contenus à ses usages d’IA, AI Overviews en tête. À l’audience, Penske a cité OpenAI et Perplexity, deux concurrents de Google qui paient pour accéder à des contenus. Obtenir la même matière sans rien verser reviendrait, selon le groupe, à alourdir les coûts des rivaux et à dresser des barrières à l’entrée.
Le cœur de l’argument tient à la dépendance des éditeurs. En pratique, ils ne peuvent pas sortir de Google Search, et Jason Kint rappelle que le juge Mehta avait lui-même qualifié ce choix de « non tenable » (traduction). Penske accuse Google d’exploiter cette dépendance pour imposer ses conditions sur l’IA.
La suite : une décision attendue sur la demande de rejet
Le juge Mehta n’a pas statué à l’issue de l’audience, et aucune date de décision n’a été annoncée. S’il rejette la demande de Google, le dossier se poursuivra sur le fond. S’il l’accepte, la plainte s’arrête à ce stade, sauf nouvelle version ou appel. Le même grief, la reprise des contenus de presse dans les réponses IA sans contrepartie, est porté en France : l’Alliance de la presse d’information générale a saisi l’Autorité de la concurrence le 11 août.
Ce que j’en retiens
Je ne tirerais aucune conclusion d’une phrase d’audience rapportée par une partie intéressée. La remarque du juge sur le marché des contenus pour l’IA m’intéresse davantage. Si ce marché existe, avec des acteurs qui paient, la discussion ne porte plus sur le droit de Google à faire évoluer son moteur. Elle porte sur la contrepartie due aux sites dont les pages nourrissent les réponses générées. Ce déplacement pèse plus lourd que la formule sur l’injustice.
Côté site, rien ne change aujourd’hui. Pour un éditeur, c’est en revanche le moment de mesurer ce que les AI Overviews et le Mode IA reprennent de ses pages et le trafic qu’ils renvoient, en croisant la Search Console et les journaux serveur. Ces chiffres serviront à régler les balises de contrôle des extraits comme à peser dans une négociation de licence.
Sources
- « Just got home from Judge Mehta's courtroom… » (1/5), Jason Kint, X, 25 août 2026 (x.com)
- « Google attorneys repeatedly characterized AI Overviews… » (2/5), Jason Kint, X, 25 août 2026 (x.com)
- « Mehta noted publishers lack control… » (3/5), Jason Kint, X, 25 août 2026 (x.com)
- « Mehta also observed that a market is clearly forming for GenAI inputs… » (4/5), Jason Kint, X, 25 août 2026 (x.com)
- « This is the bigger issue… » (5/5), Jason Kint, X, 25 août 2026 (x.com)