Aperçus IA : la presse quotidienne française saisit l’Autorité de la concurrence
Le 11 août 2026, l'Alliance de la presse d'information générale (APIG), qui fédère près de 300 quotidiens, a saisi l'Autorité de la concurrence. Elle juge que le lancement des Aperçus IA et du Mode IA en France, le 22 juillet, enfreint les engagements pris par Google en 2022.
L’essentiel
- L’APIG a annoncé le 11 août 2026 saisir l’Autorité de la concurrence contre Google.
- Elle vise le lancement des Aperçus IA et du Mode IA en France, le 22 juillet 2026.
- Selon elle, Google a enfreint ses engagements de 2022, obligatoires jusqu’en 2027.
- L’APIG cite une estimation de l’Arcom : 33 à 38 % de trafic perdu sur les marchés européens déjà équipés.
Saisine de l’APIG : un lancement « devant le fait accompli »
Dans un communiqué publié le 11 août, l’Alliance de la presse d’information générale demande à l’Autorité de la concurrence de faire respecter par Google les engagements souscrits en 2022. Le premier grief porte sur le calendrier. D’après l’APIG, les Aperçus IA (AI Overviews) et le Mode IA (AI Mode) ont été ouverts en France avant toute négociation de bonne foi, ce qui a placé les éditeurs « devant le fait accompli ». Pour rappel, les deux fonctions sont arrivées en France le 22 juillet, avec les liens classiques toujours affichés en dessous.
L’Alliance reproche à Google d’avoir déployé de nouveaux usages des contenus de presse sans autorisation préalable ni rémunération spécifique. Côté contrat, Google n’aurait mis sur la table qu’une « simple actualisation » de la licence existante. L’autre option laissée aux éditeurs : retirer techniquement leurs contenus, et perdre de la visibilité.
Marc Feuillée, président de l’APIG et directeur général du groupe Figaro, assure que les éditeurs « ne demandent pas d’arrêter l’innovation ». Ce qu’ils veulent, c’est que la valeur tirée de leurs articles soit partagée et payée, comme le prévoit la loi. D’après la dépêche AFP reprise par France 24, l’Alliance précise que la saisine « ne ferme nullement la voie à la négociation ».
33 à 38 % de trafic perdu : une estimation de l’Arcom reprise par l’APIG
Pour chiffrer le préjudice, l’APIG s’appuie sur une évaluation de l’Arcom. Le régulateur situerait entre 33 % et 38 % la perte de trafic attribuable aux résumés générés par IA, sur les marchés européens où ils sont déjà en service. Le communiqué ne dit rien de la méthode : ni période, ni liste de sites, ni nature de la mesure (clics ou visites). C’est donc un chiffre avancé par la partie plaignante, pas un constat de l’Autorité.
Le Blog du Modérateur le met en regard d’une mesure américaine de Define Media Group : 42 % de trafic en moins sur un panel de 64 sites éditoriaux aux États-Unis, où les AI Overviews sont proposés depuis mai 2024.
Google : les éditeurs peuvent choisir d’apparaître ou non
Google n’a pas publié de réponse détaillée à la saisine. Selon Euronews, l’entreprise dit avoir revu son système de rémunération de la presse pour tenir compte de l’affichage de contenus protégés dans les AI Overviews et le Mode IA. Auprès de Franceinfo, elle a aussi rappelé que les éditeurs peuvent décider de figurer ou non dans ces fonctions. Fin juillet, le directeur général de Google France, Sébastien Missoffe, évoquait devant l’AFP des « blocages de régulation » que l’entreprise pensait avoir levés.
Tout le désaccord est là. Pour Google, la possibilité de se retirer suffit. Pour l’APIG, un retrait qui coûte de la visibilité n’est pas un vrai choix.
Droits voisins : deux amendes déjà prononcées contre Google
Avec la loi du 24 juillet 2019, la France a été le premier pays de l’Union à transposer le droit voisin des éditeurs de presse : reprendre leurs contenus suppose une autorisation préalable et une rémunération. En avril 2020, l’Autorité a imposé à Google des mesures conservatoires pour l’obliger à négocier. Google ne les ayant pas respectées, il a écopé en juillet 2021 d’une amende de 500 millions d’euros. En juin 2022, l’Autorité a rendu obligatoires, pour cinq ans, les engagements proposés par le groupe : négociation de bonne foi, transparence, non-discrimination. Toujours selon l’AFP, Google a signé la même année des accords de droits voisins avec 450 éditeurs français.
En mars 2024, l’Autorité a sanctionné Google une deuxième fois, à hauteur de 250 millions d’euros, pour le non-respect de plusieurs de ces engagements. Elle lui reprochait notamment d’avoir utilisé des contenus de presse pour entraîner Bard (devenu Gemini) sans en informer les éditeurs, et de ne pas leur avoir proposé, à l’époque, de moyen de s’opposer à cet usage sans affecter l’affichage de leurs contenus dans ses autres services. Le communiqué de l’APIG rappelle enfin que le 8 juillet 2026, saisie par l’Alliance en septembre 2025, l’Autorité a prononcé quatre mesures conservatoires contre Meta. Son président, Benoît Cœuré, aurait alors déclaré que les contenus protégés repris par les AI Overviews « doivent faire l’objet d’une rémunération au titre du droit voisin ».
Ce que j’en retiens
Une saisine n’est pas une décision, et le chiffre de l’Arcom reste pour l’instant celui que met en avant le plaignant. L’argument de l’APIG ressemble pourtant de près au grief retenu en 2024 contre Bard : un refus qui se paie en visibilité dans la recherche. C’est à mon sens le point le plus solide du dossier, et il ne concerne pas que la presse. La documentation de Google sur les fonctions IA le dit clairement : Google-Extended ne joue pas sur la recherche, et les seules directives disponibles (nosnippet, data-nosnippet, max-snippet, noindex) limitent aussi ce qui s’affiche dans les résultats classiques. Une décision de l’Autorité ne vaudrait que pour les éditeurs de presse, au titre des engagements de 2022. Elle dirait quand même si ce couplage tient juridiquement.
Si vous gérez un site éditorial, je ne retirerais rien à l’aveugle. Comparez dans la Search Console les clics et le CTR de vos requêtes d’actualité avant et après le 22 juillet, et gardez une trace de ces écarts. Mesurés sur vos propres pages, ils pèseront plus dans une négociation qu’une moyenne européenne.
Sources
- Services d'IA de Google : l'Alliance saisit l'Autorité de la concurrence, Alliance de la presse d'information générale, 11 août 2026 (alliancepresse.fr)
- Aperçus IA de Google : les quotidiens français saisissent l'Autorité de la concurrence, France 24 (AFP), 11 août 2026 (france24.com)
- Résumé IA de Google : l'APIG saisit l'Autorité de la concurrence, CB News (AFP), 13 août 2026 (cbnews.fr)
- Google AI summaries: French daily newspapers file complaint with competition authority, Euronews, 11 août 2026 (euronews.com)
- Google AI Overviews : la presse française saisit l'Autorité de la concurrence, Blog du Modérateur, 11 août 2026 (blogdumoderateur.com)
- « Aperçus IA » de Google : l'Alliance de la presse saisit l'Autorité de la concurrence, Next, 11 août 2026 (next.ink)
- Décision 24-D-03 relative au respect des engagements de Google sur les droits voisins, Autorité de la concurrence, mars 2024 (autoritedelaconcurrence.fr)
- AI features and your website, Google Search Central, mise à jour du 10 décembre 2025 (developers.google.com)