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Suivi de positions : Nozzle accuse Google de servir de fausses SERP aux robots

Dans une étude publiée le 10 octobre 2026, l'éditeur Nozzle affirme que Google renvoie depuis le 20 septembre de fausses pages de résultats à certains robots de suivi de positions. Plusieurs outils reconnaissent des données faussées ; Google ne s'est pas exprimé.

Publié le 6 min de lecture Par Alexis Marques

L’essentiel

  • Nozzle classe 8 % des 17,8 millions de SERP évaluées depuis le 13 septembre comme « empoisonnées », contre 0,17 % sur sa période de référence.
  • Selon l’éditeur, ces pages n’affichent ni erreur ni captcha, mais leurs résultats organiques ne gardent que 20,7 % des sites de la SERP précédente.
  • Sistrix, DataForSEO, SE Ranking, Advanced Web Ranking et Morningscore ont publié des avertissements sur leurs données.
  • Google ne s’est pas exprimé publiquement à la date du 12 octobre.

Des SERP complètes, mais fausses, selon Nozzle

Dans son étude « Poisoned Google SERPs », publiée le 10 octobre 2026 avec des données arrêtées au 9 octobre, l’éditeur de suivi de positions Nozzle décrit une séquence en deux temps. Le 13 septembre, ses requêtes vers Google se mettent à échouer en grand nombre, et pendant deux semaines beaucoup moins de SERP lui parviennent. À partir du 20 septembre, une partie de celles qui passent ont l’apparence d’une page de résultats normale, avec d’autres sites. Nozzle les résume ainsi : « aucune erreur, aucun captcha, le même gabarit » (traduction). Rien dans le code HTML ne signale l’anomalie, ajoute l’étude.

Pour un outil, la différence avec un blocage est de taille. Une requête refusée est relancée, alors qu’une requête empoisonnée est enregistrée comme si elle était réelle, explique Nozzle. L’outil stocke donc une fausse position sans le savoir.

La définition retenue est propre à Nozzle. Une SERP est jugée empoisonnée quand moins de la moitié des sites habituels du mot-clé y figurent et que ces sites reviennent peu après (80 % d’entre eux dans les 14 jours, ou la plupart en trois jours). Les sites habituels sont ceux présents dans le top 10 sur au moins 60 % des relevés de la période de référence, du 20 août au 9 septembre. Sur ces pages, les résultats organiques ne conservent que 20,7 % des sites de la SERP précédente du même mot-clé, contre 88,5 % en temps normal. Le site suivi par le client sort du top 10 dans 58,6 % des cas, contre 2,7 % en référence.

La composition change aussi. Reddit, Facebook et LinkedIn y gagnent de la place, YouTube, Yelp et MapQuest en perdent. Les AI Overviews s’affichent sur 34,9 % de ces SERP (54,2 % en référence). Sur ordinateur, pour les mots-clés dont les résultats s’étendent d’ordinaire jusqu’à la page 8 ou au-delà, 50,9 % des SERP empoisonnées s’arrêtent à la page 4 ou avant, contre 0,2 % en référence.

Un pic à 27 % fin septembre, 3,9 % en France

Nozzle a collecté 27,5 millions de SERP depuis le 13 septembre, dont 17,8 millions ont pu être évaluées. Le taux de pages empoisonnées culmine du 27 au 29 septembre (24,9 %, 26,7 % puis 27,0 %). Du 1er au 9 octobre, il oscille entre 4,2 et 11,4 % selon les jours. Les épisodes sont brefs : 80 % ne touchent qu’un seul relevé, et 77,9 % se résorbent en trois jours au plus, avec une médiane de deux jours.

Les écarts géographiques sont nets. Nozzle mesure 3,9 % en France (sur 394 201 SERP), 3,0 % au Royaume-Uni, 8,5 % aux États-Unis et 18,8 % en Autriche. Aux États-Unis, le secteur juridique atteint 15,9 %, avec un pic à 51,3 % le 27 septembre. Les requêtes « near me » sont plus touchées (11,4 % contre 7,8 % pour le reste), les requêtes de marque moins (5,3 %). Suivre une expression en national ou en local ne change presque rien : 7,5 % contre 7,4 % sur 21 508 paires comparées. La route réseau, elle, pèse lourd. Du 30 septembre au 9 octobre, l’une renvoyait entre 1 et 7 % de SERP empoisonnées, une autre entre 9 et 30 %.

Sistrix, SE Ranking, Morningscore : les outils reconnaissent des données faussées

Pour rappel, Search Engine Roundtable estimait dès le 18 septembre que Google bloquait plus efficacement les robots et les outils de suivi depuis le 13 septembre environ. Le 12 octobre, Barry Schwartz fait un nouveau point. Interrogé par le site, Derek Perkins, de Nozzle, décrit trois mesures côté Google : un blocage d’IP à très grande échelle visant les principaux réseaux de proxys résidentiels, une forte hausse des captchas, puis l’injection de données erronées dans les SERP jugées suspectes.

Sistrix écrit sur sa page de support, datée du 7 octobre, que Google renvoie depuis septembre des résultats différents des résultats habituels pour certaines requêtes. L’outil a coupé ses mises à jour à la demande, tout en jugeant fiables son top 10 et son Visibility Index. DataForSEO a publié une alerte sur sa page de statut. Le 12 octobre au matin, SE Ranking faisait état sur la sienne de « positions manquantes pour certains mots-clés » (traduction), problème en grande partie résolu selon Search Engine Roundtable.

Selon Advanced Web Ranking, Google détermine si une requête vient d’un humain ou d’un robot à partir de plusieurs signaux : réputation de l’IP, plages d’adresses de centres de données, schémas de requêtes, empreinte du navigateur et comportement face aux redirections. Quand il soupçonne un robot, il peut lui servir une page simplifiée. Le Danois Morningscore date le début du phénomène au 24 septembre à 22 h 10 UTC. Les 30 septembre et 1er octobre, environ 60 % de ses recherches ont renvoyé moins de 40 résultats. L’outil reconnaît avoir enregistré de fausses chutes de positions et n’écarte ces pages tronquées que depuis le 30 septembre. Aucun éditeur français ne figure parmi les outils cités.

Google se tait, et l’explication reste une hypothèse

Google n’a publié aucune déclaration. Nozzle présente le phénomène comme « la réponse de Google au scraping et à l’ancrage (grounding) des IA » (traduction), sans citer de source chez Google. Barry Schwartz ne pense pas que les outils SEO soient visés : pour lui, Google cherche surtout à gêner les robots d’IA et SerpApi. Sistrix estime que Google veut compliquer l’accès de nouveaux concurrents comme ChatGPT à son index, et empêcher que ses résultats servent à entraîner des modèles ouverts. Ce sont des interprétations. Le contexte les rend plausibles (fin du paramètre num=100 en septembre 2025, tests de redirections goto depuis juillet, contentieux avec SerpApi), mais rien n’est confirmé.

Les données ont aussi leurs limites. Nozzle vend du suivi de positions, sa méthode n’a pas été auditée de l’extérieur, et la notion de « sites habituels » dépend de sa propre période de référence. Morningscore admet de son côté ne pas pouvoir prouver, depuis l’extérieur, que Google traite les recherches automatisées à part.

Ce que j’en retiens

Une panne franche se repère vite dans les journaux d’un outil. Une SERP plausible mais fausse, non : elle finit dans un rapport sous la forme d’une chute de positions. Si un mot-clé a plongé un seul jour depuis le 20 septembre puis remonté, je ne conclurais rien avant d’avoir regardé les impressions et les clics de la page dans la Search Console sur la même période. Nozzle donne d’ailleurs le même conseil, et suggère de comparer avec les sites habituels de la page 1 sur plusieurs semaines plutôt qu’avec la veille, qui peut elle aussi être faussée.

Si vous utilisez Monitorank, Ranks.fr ou un autre outil, posez la question à l’éditeur : détecte-t-il ces pages, les écarte-t-il, et depuis quand ? Le taux mesuré en France est plus bas qu’ailleurs, mais pas nul. Dans les rapports de septembre et d’octobre, je signalerais la période comme peu fiable.

Sources

  1. Poisoned Google SERPs, Nozzle Research, 10/10/2026 (nozzle.io)
  2. Third-Party Google Rank Tracking Struggling Now, Search Engine Roundtable, 12/10/2026 (seroundtable.com)
  3. Google ranking data collection, Sistrix (page de support), 07/10/2026 (sistrix.com)
  4. Why your tracked rankings no longer match what you see in Google, Advanced Web Ranking, 18/09/2026 (advancedwebranking.com)
  5. Google gave rank trackers truncated results for a week, Morningscore, 08/10/2026 (morningscore.io)
  6. Google Blocking Scrapers And Tracking Tools, Search Engine Roundtable, 18/09/2026 (seroundtable.com)
  7. Page de statut SE Ranking (status.seranking.com)
  8. Page de statut DataForSEO (status.dataforseo.com)