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Réglementation

Royaume-Uni : la CMA veut ouvrir l’écran de choix d’Android et Chrome aux assistants IA

Le 23 septembre 2026, l'autorité britannique de la concurrence (CMA) a publié une version renforcée de ses propositions visant Google : un écran de choix du service de recherche sur Android et Chrome, renouvelé chaque année et ouvert aux assistants IA. Avis attendus jusqu'au 9 octobre.

Publié le 4 min de lecture Par Alexis Marques

L’essentiel

  • La CMA propose un écran de choix du service de recherche à la configuration d’un téléphone Android et au premier lancement de Chrome.
  • L’utilisateur serait ensuite invité une fois par an à choisir de nouveau son moteur par défaut.
  • Des assistants IA pourraient entrer dans la liste s’ils remplissent certains critères, techniques et de sécurité notamment.
  • Consultation ouverte jusqu’au 9 octobre 2026, décision finale annoncée d’ici la fin de 2026.

Les mesures proposées : un choix au premier usage, puis chaque année

La Competition and Markets Authority (CMA) a publié le 23 septembre 2026 une version renforcée de ses propositions sur le choix du service de recherche. Le texte relève du régime britannique des marchés numériques : Google y a été désigné en octobre 2025 comme détenteur d’un « strategic market status » (statut de marché stratégique) dans la recherche générale et la publicité liée à la recherche.

Le dispositif se déroule en deux temps. Google devrait présenter une liste de services de recherche quand l’utilisateur configure un téléphone Android ou ouvre Chrome pour la première fois. L’invitation reviendrait ensuite une fois par an, pour choisir de nouveau le fournisseur par défaut. La CMA évoque des « millions » d’utilisateurs britanniques d’Android et de Chrome concernés, sans avancer de chiffre.

Pour rappel, la CMA avait proposé début 2026 un ensemble d’obligations pour Google. Deux volets sont déjà imposés : le 3 juin, des contrôles qui permettent aux éditeurs de refuser l’utilisation de leurs contenus dans les fonctions IA des résultats de Google, puis le 17 juin, des règles de classement équitable et de portabilité des données. Restait le choix de l’utilisateur, que la consultation actuelle vient renforcer.

Assistants IA : une place possible, sous conditions

Cette version répond d’abord à l’essor des assistants IA. Le régulateur cite nommément ChatGPT et Perplexity parmi les nouveaux services de plus en plus utilisés. Ils pourraient apparaître sur l’écran de choix à condition de satisfaire aux critères retenus, « y compris des exigences techniques et de sécurité » (traduction). Le communiqué ne dit rien de leur contenu.

Sarah Cardell, directrice générale de la CMA, affirme que l’autorité a « écouté attentivement les retours » et réagit « rapidement à l’essor des assistants IA » (traduction). Elle relève que ces outils servent de plus en plus à chercher, alors qu’ils sont absents des écrans de choix de Google. L’objectif affiché : que les Britanniques puissent choisir leur service de recherche à mesure que de nouveaux acteurs arrivent.

Une condition d’entrée : attribuer équitablement les contenus des éditeurs

Autre exigence, qui touche tous les sites. Les services de recherche présents sur l’écran de choix devraient attribuer équitablement les contenus d’éditeurs qu’ils utilisent, pour que l’internaute puisse accéder à la source et voir d’où viennent les résultats. L’obligation ne vise donc pas seulement Google : chaque moteur ou assistant qui voudrait figurer dans la liste y serait soumis. La CMA ne précise pas, à ce stade, comment l’attribution serait contrôlée.

Android et DMA : un écran de choix existe déjà, sans rappel ni IA

Le principe n’a rien de neuf. Google a annoncé l’écran de choix d’Android en août 2019, à la suite de la décision de la Commission européenne de juillet 2018. Selon la page d’aide qu’Android lui consacre, il couvre l’EEE, le Royaume-Uni et la Suisse, sur les appareils neufs où l’application Google est préinstallée. Il s’affiche une fois par appareil (et de nouveau après une réinitialisation d’usine) et propose jusqu’à 12 moteurs : les 5 plus utilisés dans le pays d’après StatCounter, Google compris, en ordre aléatoire, puis jusqu’à 7 autres. Seuls les moteurs généralistes qui explorent l’ensemble du web sont admis. Les moteurs spécialisés et les services qui reprennent les résultats ou les annonces de Google en sont exclus. Le projet britannique ne part donc pas de zéro : il ajoute Chrome, la répétition annuelle et l’ouverture aux assistants IA.

Dans l’UE, le Digital Markets Act, dont les obligations s’appliquent à Google depuis mars 2024, a étendu ce principe. Son article 6, paragraphe 3, impose d’inviter l’utilisateur, lors de la première utilisation, à choisir son moteur de recherche, son assistant virtuel ou son navigateur parmi les principaux fournisseurs. Le texte européen ne prévoit pas de rappel périodique et ne lie la présence à l’écran à aucune obligation d’attribution des contenus. Les assistants virtuels y forment une catégorie à part, alors que la CMA envisage de faire entrer les assistants IA dans la liste des services de recherche. Sur l’IA, Bruxelles passe par d’autres obligations du DMA : en janvier 2026, la Commission a ouvert des procédures de spécification visant Google, sur l’interopérabilité d’Android avec des services d’IA tiers et sur le partage des données de recherche.

Ce que j’en retiens

Le rappel annuel est, à mon sens, la mesure qui peut le plus changer les comportements. Un écran vu une seule fois pendant la configuration d’un téléphone se valide vite et s’oublie. Si ChatGPT ou Perplexity obtiennent une place dans la liste, le Royaume-Uni serait, à ma connaissance, le premier marché où un assistant IA figure sur l’écran de choix du moteur d’Android. Rien n’est encore adopté, et la portée réelle dépendra des critères d’éligibilité.

Pour les sites qui ont une audience britannique, je conseille de segmenter dès maintenant le trafic par pays et par référent (chatgpt.com, perplexity.ai, Bing) afin d’avoir un point de comparaison avant la décision de fin 2026. L’exigence d’attribution est à suivre aussi : si elle est adoptée, les éditeurs disposeront d’un argument opposable aux assistants qui reprennent leurs contenus sans lien visible.

Sources

  1. CMA strengthens proposals allowing people choice over their search service, Competition and Markets Authority (GOV.UK), 23 septembre 2026 (gov.uk)
  2. CMA: Google Should Make It Easier To Choose Other Search Engine On Android & Chrome, Search Engine Roundtable, 23 septembre 2026 (seroundtable.com)
  3. About the Choice Screen, Android (page d'aide mise à jour le 12 juin 2023) (android.com)
  4. Digital Markets Act, article 6 (texte consolidé), eu-digital-markets-act.com (eu-digital-markets-act.com)