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SerpApi : Google dépose une plainte modifiée centrée sur les contenus sous licence

Google a déposé le 10 août 2026 une plainte modifiée contre SerpApi devant la justice fédérale californienne. Le texte se recentre sur les contenus que Google affiche sous licence et invoque son accord avec Reddit, qui lui demande d'empêcher des tiers de les extraire et de les revendre.

Publié le 5 min de lecture Par Alexis Marques

L’essentiel

  • Google a déposé le 10 août 2026 une plainte modifiée contre SerpApi devant le tribunal fédéral du district nord de Californie.
  • Le texte met en avant les contenus que Google affiche sous licence : photos des Knowledge Panels, paroles de chansons, avis, contenus d’utilisateurs.
  • D’après la plainte, l’accord de licence avec Reddit demande à Google de ne pas laisser des tiers extraire et commercialiser ces contenus.
  • Google réclame de 200 à 2 500 dollars de dommages légaux pour chaque contournement de sa protection.

Une nouvelle version après le rejet de juillet

Pour rappel, la juge Yvonne Gonzalez Rogers avait rejeté la première plainte de Google en juillet. Elle estimait que Google ne pouvait agir que pour les contenus qu’il tient de tiers sous licence, et laissait entendre qu’il lui faudrait montrer que les ayants droit l’avaient autorisé à protéger ces contenus par des mesures techniques.

La plainte modifiée (document 45 de l’affaire 4:25-cv-10826-YGR, 15 pages) répond point par point à ces deux objections. Elle vise toujours SerpApi, société texane installée à Austin, sur le terrain des dispositions anti-contournement du DMCA, la loi américaine sur le droit d’auteur numérique. Deux griefs sont retenus : le contournement d’une mesure technique de protection (17 U.S.C. § 1201(a)(1)(A)) et la commercialisation d’un service conçu pour ce contournement (§ 1201(a)(2)). Google demande un procès devant jury.

Les contenus sous licence passent au premier plan

Dès son deuxième paragraphe, la plainte rappelle que Google intègre à ses résultats des contenus protégés obtenus sous licence. Elle détaille ensuite les photos haute résolution des Knowledge Panels, avec les exemples de Willie Mays et de Babe Ruth, puis les paroles de chansons, les images et descriptions de produits et d’établissements fournies par les marchands, les avis et les contenus d’utilisateurs. Une page commerciale de SerpApi est citée : l’outil y affirme savoir « extraire et interpréter » le bloc Knowledge Graph affiché, en général, à droite des résultats (traduction).

Le passage sur Reddit occupe les paragraphes 31 et 32. Google y indique que son accord avec la plateforme couvre les contenus de Reddit et de ses utilisateurs, et qu’il lui demande de « ne pas permettre à des tiers d’extraire et de commercialiser de façon indépendante les contenus sous licence » (traduction). La plainte ajoute que Reddit, qui soupçonnait des scrapers comme SerpApi de récupérer et de revendre ces contenus, a expressément demandé à Google de mettre en place des mesures techniques pour l’en empêcher. Google cite aussi la plainte que Reddit a lui-même déposée contre SerpApi devant un tribunal fédéral de New York (affaire 25-cv-8736).

Deux autres contrats sont évoqués, sans que les partenaires soient nommés. Le premier lie Google à un « partenaire de licence de premier plan » qui détient les droits de millions d’œuvres. Ses versions successives remontent à 2017 et obligeraient Google à faire des efforts « commercialement raisonnables » pour protéger ces contenus contre les accès non autorisés (traduction). Le second fournisseur exigerait que ses contenus ne puissent pas être téléchargés par des tiers. Google invoque enfin ses règles de confidentialité, qui s’engagent à protéger les photos et avis des utilisateurs contre les accès non autorisés.

SearchGuard et les « faux navigateurs »

La mesure technique en cause s’appelle SearchGuard. Lancée en janvier 2025, elle soumet un défi JavaScript aux requêtes venues de sources non reconnues, et des CAPTCHA en complément. Selon Google, SerpApi s’en sort de deux façons. Soit il déclare un faux appareil, un faux logiciel ou une fausse localisation pour résoudre le défi. Soit il le résout une fois avec une requête « légitime », puis partage l’autorisation obtenue avec d’autres machines. La plainte prête au fondateur de SerpApi, Julien Khaleghy, cette description de la méthode : créer « de faux navigateurs, avec une multitude d’adresses IP que Google prend pour des utilisateurs normaux » (traduction).

Google estime recevoir chaque jour des centaines de millions de requêtes artificielles venues de SerpApi. Sur les deux dernières années, ce volume aurait été multiplié jusqu’à 250 (une hausse pouvant atteindre 25 000 %).

Une injonction et des dommages calculés par contournement

Google demande une injonction contre le contournement de ses protections et la destruction des outils utilisés. Côté argent, il réclame des dommages légaux de 200 à 2 500 dollars par violation, ou, s’il le préfère, ses pertes réelles et les profits tirés par SerpApi. La plainte affirme que SerpApi réaliserait « quelques millions de dollars » de chiffre d’affaires annuel, alors que la somme théoriquement due se compterait en ordres de grandeur supérieurs. C’est l’argument retenu pour justifier une injonction : des dommages, SerpApi ne pourrait pas les payer. Tout cela reste à ce stade des allégations de Google. SerpApi n’avait pas encore répondu à cette nouvelle version au moment de la publication.

Ce que j’en retiens

Sur le papier, le périmètre a rétréci, et c’est plutôt rassurant pour les outils SEO. Depuis la décision de juillet, Google ne peut plus fonder son action sur les liens, titres et extraits issus du crawl ; il ne met donc en avant que les contenus sous licence. Le raisonnement reste pourtant redoutable. Il suffit qu’une SERP affiche une photo de Knowledge Panel, un avis ou un post Reddit pour que la page entière soit derrière SearchGuard. Si la juge suit Google, chaque requête qui contourne cette protection pourrait compter comme une infraction distincte, quel que soit le fournisseur de l’API.

L’affaire dépasse donc SerpApi. Les outils de suivi de positions et de visibilité dans les réponses IA reposent sur ce type de collecte, en interne ou via un prestataire. Si vos rapports en dépendent, demandez qui collecte les données et ce que prévoit votre contrat en cas de coupure. Prochaine étape à surveiller : la réponse de SerpApi, sans doute une nouvelle demande de rejet.

Sources

  1. Google LLC's Amended Complaint, Google LLC v. SerpApi LLC, n° 4:25-cv-10826-YGR (N.D. Cal.), document 45, CourtListener, 10 août 2026 (storage.courtlistener.com)
  2. Google contre SerpApi : la première plainte rejetée, alexismarques.fr, juillet 2026 (alexismarques.fr)